mercredi 25 janvier 2012

Rêve brisé et voyage en camion



Voilà, je vais faire mon coming out. J'avoue, j'ai du voir dans ma vie environ 2 épisodes de Friends. Alors forcement lorsque j'apprends que David Schwimmer se met derrière la caméra, je ne bouge pas forcément le petit doigt. J'ouvre quand même un oeil sur la bande annonce et là je vois Clive Owen très perturbé par la "mésaventure" de son adolescente de fille. Ma petite voix intérieure me chuchote "tu ferais mieux d'y aller"...Ok petite voix, allons voir, et j'ai vu. Et bien la petite voix a eu raison. Trust est une perle de justesse et d'émotion. Le sujet sentait la lourdeur grasse, et bien David Schwimmer a su transporter la douleur de cette jeune fille abusée et de ses illusions perdues dans les sphères sentimentales du plus bel effet. On pourrait craindre au pathos, rien de tout cela, les larmes coulent, personne est épargné dans ce naufrage familiale mais l'on se laisse embarquer dans ce radeau à la dérive. Il n'y a pas de fioriture, juste une recherche de vérité cinématographique dans la démolition à petit pas sournois de cette famille des plus tranquille et ordinaire. Le titre résume tout. Lorsque la confiance se brise, ce sont les liens familiaux qui s'effilochent, et vos plus proches deviennent vos ennemies, alors que le vrai coupable est ailleurs. L'adolescence toujours fragile entre l'enfance et le monde adulte vacille complètement, se fracasse contre une réalité abjecte, une perversité révoltante.
Touché Mister Schwimmer ! BA ici


Sur le même continent mais beaucoup plus au sud Les Acacias est une traversée sentimentale en camion du Paraguay à Buenos Aires. Camera d'or 2011, ce road movie minimaliste trimbale 3 personnages, des anonymes au milieu de nulle part, d'une simplicité pétrie d'honnêteté sincère. Un chauffeur de camion chargé d'amener une femme et sa fille dans la banlieue de Buenos Aires en plus des troncs d'arbre. Il n'y a pas de lourdeur, beaucoup de silence, d'attente, de pause, quelques phrases anodines échangées, les sourires enjoleurs d'une gamine de 5 mois, quelques cigarettes, de la poussière. On pourrait ainsi d'écrire tous ces petits rien qui ont charmé le jury cannois. En effet cet homme, cette femme, ce bébé, n'ont rien d'antipathique, on sent qu'il se passera quelque chose, mais la radicale simplicité du réalisateur me fait dire que le film reste anecdotique, que ce voyage pudique et naturaliste me fait dire que tout cela ne fait pas vraiment un film, une sorte d'ouverture, de prologue à autre chose, comme si l'auteur s'était arrêté au premier chapitre d'un joli roman. Proche de l'ennui Pablo Giorelli met le spectateur en attente, coincé sur la banquette arrière de la cabine du camion, et l'on patiente sagement l'arrivée pour se dégourdir les jambes en sortant de la salle...

vendredi 20 janvier 2012

L'homme qui aimait la fille au Dragon Tattoo...


Je crois que cela va être la première fois où je vais dire du mal de David Fincher. A vrai dire ma médisance ne sera pas très virulente car ceux qui n'auraient jamais vu aucune adaptation de Millenium au cinéma seront plutôt emballés par son dernier film. Or ceux, qui comme moi, on vu la première adaptation made in Sweden seront, non pas déçus, mais dans une certaine indifférence face à l'opus de Fincher. On notera quand même un générique du plus bel effet basé sur les écoulements pétrolifères dans lesquels nos protagonistes se vautrent, se noient et ne font plus qu'un, et n'aura rien à envier aux meilleurs génériques de James Bond. D'ailleurs la présence de Daniel Craig dans le choix de Fincher sonne presque comme un clin d'oeil à la franchise 007. D'ailleurs David Fincher explique qu'au départ on lui avait proposé l'adaptation de Millenium il y a plusieurs années en lui expliquant que cela ferait une superbe franchise justement...
Du coup, une fois le générique d'ouverture terminé, on remarquera surtout une esthétique hyper hype, une froidure qui fonctionne à tout point de vue, et une touche de glamour par l'interprétation de D.Craig. Cependant Lisbeth semble moins marquante que l'interprétation de Noomi Rapace dont les traits plus anguleux faisaient écho au profil acéré et tranchant du personnage. David Fincher choisit Rooney Mara dont la rondeur de son visage et de ses yeux confèrent au personnage beaucoup plus de douceur malgré les piercings, les tatouages et le look ghotico-punk. Maintenant peut être que si j'avais vu les deux films dans l'ordre inverse j'aurais exactement dit le contrairement. Toutefois je ne peux m'empêcher de penser que le fait d'entendre et voir des comédiens jouer dans la langue d'Ingmar rajoute une touche au mystère et à l'exotisme glaçant de la trilogie, même si Fincher n'a pas fait l'erreur de transférer le film aux Etats-Unis. Or voir des comédiens parler anglais comme des suédois en lisant des journaux écrit en suédois, restera comme une curiosité un peu étrange, mais passons.
Pour conclure, Fincher reste honnête avec son public, et propose un thriller qui tient la route, à la mise en scène soignée mais restera sans surprise. Il y a peu j'ai revu Seven, et j'aurai aimé recevoir le même coup de poing de la part de cette fille au Dragon Tattoo
Souvenir, souvenir ici

mercredi 18 janvier 2012

Le triomphe de la cupidité.


Ce n'est pas moi qui le dit mais Joseph E.STIGLITZ dans son essai éponyme. Prix Nobel d'économie, Stiglitz décortique la crise qui nous englue depuis 2008 dans le marasme et nous tire dans les sables mouvant sans que l'on soit capable de dire quand cela se terminera. Nul besoin de sortir de HEC ou d'un master d'éco pour suivre l'ouvrage. Le propos est limpide bien qu'il est vrai que certaines explications demandent parfois une relecture pour saisir la subtilité des rouages financiers. Toujours est-il que toute la crise pourrait se résumer dans le titre. Personnellement j'avais presque l'intuition et quelques lectures (l'anti-manuel d'économie par exemple) et documentaires que les maux du capitalisme n'étaient pas qu'une simple affaire de système, que l'alternative avec le communisme le plus fidèle aux espérances de Marx ne suffisait pas au bien être de la société humaine. Car justement au centre du problème n'est pas un système "maléfique" mais l'homme lui-même. Il n'y a pas d'entité supérieure venu de je ne sais où qui aurait imposer à l'humanité un mode économique tel que nous le connaissons. Non, nous sommes face à des puissances économiques gigantesques qui sont verrouillées et dirigées par des hommes, dont la conception du profit est unilatérale pour satisfaire les intérêts de minorité jusqu'à l'absurde, au point de plonger aujourd'hui dans un quasi coma social le citoyen lambda. Le noeud du problème se situe à Wall Street, un petit quartier qui semble contenir à lui tout seul toute l'avidité de l'espèce humaine.
Stiglitz explique très bien qu'un certains nombre d'hommes et de théories économiques ont incité à déréglementer le système américain, laissant de moins en moins de place à l'action de l'Etat en temps que garde-fou, pour en arriver à un système où les banques d'affaire se confondent avec les banques de dépôts, et où le maître mot est de consommer plus que l'on peut se permettre et inciter jusqu'à l'absurde et on pourrait même dire de manière criminelle le citoyen américain à s'enfoncer délibérément dans l'endettement (les fameuses subprimes). On se retrouve alors dans un mode de fonctionnement totalement inadmissible où les plus grosses banques américaines "trop-grosses-pour-faire-faillite" (dixit l'auteur) mettent en place des produits financiers dont les gains seront uniquement retournés aux banques qui les ont créé, et où les pertes seront automatiquement épongées par les finances de l'Etat. Ces lois économique se basent sur une rationalité des choses qui ne tient pas compte du facteur humain:

"Quand j'ai commencé mon travail de recherche en tant que jeune étudiant de second cycle, il me semblait qu'il y avait deux postulats cruciaux, celui qui concernait l'information et celui qui portait sur la nature même de l'homme. La science économique est une science sociale. Elle étudie les interactions d'individus pour produire des biens et services. Pour comprendre leur interactions, il faut avoir une idée plus large de leur façon de se comporter. Sont-ils "rationnels" ? La croyance dans la rationalité est bien ancrée dans la science économique. l'introspection-et, plus encore, un regard sur mes semblables-m'a convaincu que c'était une absurdité. J'ai vite vite compris que l'attachement de mes collègues au postulat de la rationalité était irrationnel, et qu'ébranler leur foi ne serait pas simple. J'ai donc choisi l'angle d'attaque le plus facile: j'ai accepté le postulat de la rationalité, mais j'ai montré que même d'infimes changements dans les hypothèses sur l'information modifiaient entièrement tous les résultats. (Stiglitz évoque les informations à la base de l'élaboration des produits financiers devenus hyper-toxiques). A partir de là, on pouvait aisement déduire des théories qui semblaient beaucoup plus conformes à la réalité, dont de nouvelles théories du chômage, du rationnement du crédit et de la discrimination, et il était facile de comprendre pourquoi la structure financière des entreprises...avait une énorme importance"

Tout commença à partir de la fin des années 70 avec la mise au pouvoir de Reagan et Tatcher. Les 30 glorieuses s'appuyaient au sortir de la seconde guerre mondiale et du traumatisme de la crise de 29 à imposer un séparation claire entre banque de dépôts pour les petits épargnants, et les banques d'affaire qui surfent sur d'autres sphères. L'Etat américain veillait au grain, et en résumant grossièrement une certaines prospérité régnait jusqu'à la crise du pétrole de 73.
Stiglitz a été au coeur du système, conseiller auprès du FMI et vice-président de la banque mondiale, conseiller de l'administration Clinton, il connaît donc la question sur le bout des doigts et a vu de près la plupart des requins aficionados de la déréglementation où le principe d'écarter l'oeil de l'Etat sur l'économie de marché devient un acte de foi. Il deviendra alors très critique envers ces oiseaux-là pour conclure

"si les populations des pays en développement essaient d'imiter le mode vie de l'Amérique, la planète est condamnée. Il n'y a pas assez de ressources naturelles, et l'impact sur le réchauffement climatique serait intolérable. L'Amérique doit changer-et changer vite".

Le danger étant que selon Stiglitz "le marché a changé nos modes de pensée et déformé nos valeurs"

"Ce qui se passe sur les marchés et en politique en dit long sur le pouvoir économique et politique. Tout cela envoie aussi des messages forts auxquels les jeunes sont réceptifs, et c'est ainsi que notre société est modelée. Lorsque nous taxons les profits des spéculateurs bien plus légèrement que les revenus des travailleurs qui gagnent durement leur vie, non seulement nous incitons d'avantages de jeunes à s'orienter vers la spéculation, mais nous disons, concrètement, qu'en tant que société nous estimons d'avantage la spéculation"

Je pourrais citer encore mainte et mainte pages de son livre. Le Triomphe de la Cupidité au delà d'une leçon d'économie mondiale, sonne comme un véritable avertissement, associé à un regard lucide et pertinent sur le capitalisme à l'Américaine. Il y eu la chute de l'empire Romain, serait-on en train d'assister à la chute de l'Empire Américain tel qu'il existait depuis 50 ans, en laissant la place petit à petit à l'Empire du Milieu ? Si une autre révolution devait avoir lieu je ne serais pas étonné qu'elle aille du Main Street à Wall Street...Wait and see

mercredi 11 janvier 2012

Bloody irish


Si vous êtes un agent du FBI et que vous êtes en charge d'une grosse affaire où vous devez retrouver pour 500 million de $ de cocaïne apportée par un trio de trafiquants anglais qui ont jeté leur dévolu sur un petit bled de la côte ouest de l'Irlande, surtout, ne vous faites pas assisté par les guards locaux, notamment un certain Boyle, irlandais jusqu'au slip. Disons que ses méthodes sont plutôt issues du fond des pintes de Guinness et des après-midi bounga bounga avec les filles de joies locales, que du manuel officiel de la police irlandaise. Boyle est comme ça, bourru, irascible, pas franchement politiquement correcte, et doté d'un humour noir douteux. Mais ne vous y fiez pas, comme le dit l'agent du FBI interprété par Don Cheadlle, on ne sais pas si il est très con, ou très malin.
L'irlandais est donc un polar réjouissant à la fois noir et drôle conçu comme un western à la sauce Guinness sous les vents froids et humides des belles côtes verdoyantes de l'Irlande. S'agissant du premier film du frère de Martin Macdonagh, réalisateur de Bon baiser de Bruges, ne vous étonnez pas d'y retrouver certaines saveurs. Un bon moment à passer avant de se prendre une pinte au pub du coin.

mardi 10 janvier 2012

Tous aux abris !



Voici un film énigmatique, écrit et réalisé par un homme qui venait d'avoir tout ce qu'il désirait et qui fût alors pris d'angoisse à l'idée de tout perdre. C'est ainsi que Jeff Nichols a mis au jour Take Shelter et couché non pas sur la pellicule mais le capteur de sa caméra le trip paranoïaque, visionnaire et catastrophiste d'un homme envahi par l'angoisse. Take Shelter serait la parabole de chacun face au bonheur lorsqu'il l'a enfin trouvé et que sa vie ronronne comme un gros chat, et que sournoisement les pires cauchemars commencent à se greffer entre ses neurones. Entre Shining et Melancholia je suis resté un peu dubitatif devant ce film qui oscille entre film d'auteur inspiré de Terrence Malick (la présence de Jessica Chastain, y est peu être pour quelque chose) et thriller psychologique et fantastique. Je reconnais que toutes les visions cauchemardesques du bonhomme jouait par Michael Shannon comédien très habité par son personnage fonctionnent à merveille. Cependant je n'ai pas ressenti la claque que d'autres semblent avoir prise. La fatigue peut être m'a empêché de vibrer au rythme des angoisses de Curtis, à moins que le rythme ait été trop posé dans cette campagne de l'Ohio. Pourtant ce n'est pas l'aficionado de Malick que je suis qui peut être réfractaire à ce genre de construction narrative. Alors manquait-il un peu de piment où d'équilibre ? Ou au contraire de cassures dans le mouvement pendulaire visions cauchemardesques/retour à la réalité/angoisse. Je ne saurais dire tant j'ai du mal à me faire une opinion. Peut être qu'un deuxième visionnage m'apportera de meilleures réponses. A vous de voir



En parlant de pendule je vous invite à jeter un oeil sur Hugo Cabret. Bien que la bête ait été réalisée par Marin Scorsese, j'avançais avec appréhension vers ce film en me disant que j'avais passé l'âge. Et bien que nenni ! Hugo Cabret est tout simplement une déclaration d'amour au cinéma des premiers temps déguisée en conte pour enfants. Le petit orphelin Hugo se chargeant secrètement de remettre à l'heure toutes les horloges de la gare du Nord, découvrira les premiers souffles du cinéma à travers le passé caché d'un vieillard vendeur de jouets dans les couloirs de la gare, un certains George Mélies. Dans une maîtrise incroyable de l'image et de la 3D, Scorsese nous donne encore des leçons de cinéma du plus bel effet. Entre steampunk et conte quasi fantastique, Hugo Cabret fait voyager le spectateur dans un Paris fantasmé de la vieille époque, un monde en vase clos, enfermé dans cette gare des années 30, où il fait bon vivre entre le café-bal musette, les croissants chauds et la foule de voyageurs. Il s'agit de la période d'insouciance juste entre les deux cauchemars de 14-18 et 39-45, où comme nos protagonistes, on avance dans la vie avec la candeur de la jeunesse, en cherchant à comprendre pourquoi le monde adulte a-t-il brisé ses rêves de bonheur. Hugo Cabret est donc une belle fable pour tous les âges, où la débauche d'esthétisme 3D se met au service du film, pour finir comme un conte Noël. Une bonne idée pour évacuer 2011, et commencer 2012 en famille.

mardi 3 janvier 2012

Mother fucker y Bastardo !



Des salopards il y en a eu dans le cinéma ! On a eu des tarés qui prenaient leur tronçonneuse pour leur petit amie, des affreux atomisés au fin fond d'une colline, des psychopathes au masque de hockey, des malades qui veulent faire payer les 7 péchés capitaux, des serial killers cultivés et experts en gastronomie humaine, ou bien des diables coréens. Bref une belle brochette de gens sympathiques avec qui on ferait bien un petit séjour aux Caraïbes pour animer nos vacances. Mais depuis peu, vous pouvez aussi aller au trou du cul du monde qui se trouve juste à côté des Killing Fields au Texas. Si vous aimez les atmosphères poisseuses qui vous collent les dessous de bras et les marcels pas lavés depuis 6 mois, je vous invite à aller voir le premier film de la fille de Michael Mann, alias Ami Canaan Mann. Alors autant le dire tout de suite, ce ne sera pas le polar du début 2012. Bien que le script fût prometteur et que la fille a dû avoir quelques facilités à monter son projet grâce à papa, il n'empêche qu'Ami Canaan Mann ne semble pas avoir su tout maîtriser. Il est vrai qu'elle s'est entourée de comédiens convaincants. Sam Worthington a su nous faire oublier les géants tout bleu d'Avatar, Jessica Chastain a inversé la vapeur en devenant une femme à poigne à l'opposé de Tree of life, et pour les fans on aura plaisir de revoir Laura Palmer, enfin Sheryl Lee, en mère indigne et désoeuvrée. Tout concorde pour servir un plat bien consistant sauf que, hélas, la réalisatrice s'est un peu perdue dans un sens de l'ellipse assez curieux, qui parfois coupe court à la montée en puissance des séquences. L'ambiance est réussi mais le film avance un peu chaotiquement et donne parfois l'impression de couper les ailes du scénario. On reste donc un peu circonspect bien que le film bénéficie quand même de moments assez forts. C'est vous qui voyez...
BA ici


Maintenant si l'on revient de l'autre côté de l'Atlantique, à Barcelone précisement, un conseil les filles, regardez sous votre lit avant d'aller vous coucher, histoire de voir si le concierge de l'immeuble n'y serait pas déjà. Je dis ça, je dis rien, mais quand vous aurez vu Malveillance (Mientras que duermes) de Jaume Ballaguero vous regarderez d'un autre oeil votre concierge préféré toujours au petit soin pour vous. C'est tout en subtilité que cette enflure va vous mijoter des nuits agitées sans que vous vous en rendiez compte, du moins pas tout de suite...J'avoue que Malveillance est la bonne surprise de ce début 2012, et elle nous vient de l'autre côté des Pyrénées, ce qui me confirme que l'inventivité hispanique devrait en inspirer quelques uns (dont moi) dans le cinéma hexagonal. Le réalisateur a même su créer l'angoisse, voire presque de l'empathie pour le concierge César ce qui est un summum de perversité. Il faut dire qu'il a eu la riche idée de choisir Luis Tosar, particulièrement bon dans les personnages à ne pas fréquenter (voir Même la pluie et surtout le méconnu Cellule 211). Le spectre de Hitchcock a dû se pencher sur le berceau de Jaume Ballaguero pour lui insuffler autant de savoir faire dans sa mise en scène. Le film avance à petit pas de plus en plus brûlants. Bien que l'on ne comprenne pas vraiment les motivations de César, le réalisateur déroule le scénario par touche de plus en plus sadiques pour atteindre une violence psychologique digne des pires pervers du 7ième art. Pour en savoir plus jeter un oeil par . Bonne toile

vendredi 23 décembre 2011

Ouh la la

Non je sais je sais, je faille à tous mes devoirs. Je n'ose même pas regarder la date de mon dernier post tellement j'en rougi de honte rien qu'en pensant à ces longs et nombreux mois de négligence de ce blog. Et je ne vous raconte pas la couche de poussière...Que vous voulez-vous ? Après la première moitié de l'année passablement mollassonne professionnellement parlant, la deuxième moitié se finit plutôt bien et m'a permis de me remplumer grâce à L'Oncle Charles de Chatillez et le futur candidat aux élections Pierre Hénaut. Si, je dois dire que pendant ce premier semestre mou du genoux, il y a eu la mise en boîte du prochain court métrage co-réalisé avec Frédéric Radepont, et toujours en phase de finition et j'espère terminé dans le début d'année 2012. Alors je profite de ma pause à durée moyennement indéterminée dans mon Bordeaux natal pour faire quelques toiles, après m'être débarrasser de celles de nos amies arachnidées qui s'accrochaient entre les touches de mon clavier et les circuits imprimés de l'ordinateur. Attention pim pam poum badaboum, c'est parti...


Bonjour M. Cruise votre mission, si toutefois vous l'acceptez, sera de produire et confier la réalisation du quatrième volet de Mission Impossible à Brad Bird. Quelle bonne idée n'est-il pas ? Après les Indestructibles et les tribulations du petit Ratatouille on peut se réjouir en effet d'un tel choix. Ce 4 ième opus ne lésine pas sur les moyens et nous balade du Kremlin à Dubai sur les 828m de la plus haute tour du monde (aujourd'hui). Tout y est, les gadgets, les explosions, les filles en robes du soir hyper-sexy avec la french girl-bad girl (Léa Seydoux), les bagnoles de luxes sorties d'un autre monde, bref tout pour faire un bon James Bond...Oups pardon Mission Impossible. En effet ce dernier épisode n'a rien à envier aux meilleures aventures de l'espion de sa Majesté le plus célèbre du monde. A défaut d'une fin un peu lourdingue dans les bons sentiments et l'émotion forcée, on se laisse embarquer dans l'aventure dans laquelle l'équipe de M-I sera mise sur la sellette. Il y a beaucoup de bonnes idées mêlant suspens et haute technologie qui préfigurent un avenir radieux pour la franchise qui souffrait dans les épisodes précédents d'une lourdeur et un manque de surprise qui expliquait peut être pourquoi chaque film étaient aussi espacés dans le temps. Attention ce paragraphe s'auto-détruira dans 5 secondes...


Après toutes ces aventures reprenons notre souffle et allongeons-nous sur une banquette. Plus précisément vous mesdames, prenez place.
Oh mon Dieu ! Mais où ai-je donc mis mon masseur de visage électrique dont tous les catalogues par correspondance vantaient les mérites, mais dont la forme longitudinale rappelait étrangement un élément bien masculin...Si vous voulez tout savoir sur la genèse de l'ancêtre de votre petit canard vibreur qui animent vos bains moussants mesdames (oui ne le niaient pas, pas la peine de rougir) allez voir Oh My God ! Tout commence à la fin du XIX ieme siècle lorsqu'un brave médecin londonien soucieux de la bonne hygiène et de la bonne santé de ces concitoyens et concitoyennes sera initié à un "massage" particulier par un docteur réputé pour résoudre le mal être de ces dames de la bonne société anglaise. Or à force de crampes après des dizaines de "massages" quotidiens, et avec l'aide d'un ami fortuné et féru de nouvelle technologie, il mettra au point le dit masseur avec la puissance de la nouvelle fée électricité. C'est sous le ton de la comédie pince-sans-rire que l'on apprend donc l'invention de ces jouets si particuliers mise au point au départ pour soulager les névroses bourgeoises de ces Ladies corsetées à outrance, oisives et délaissés par leurs maris. Mais derrière tout ça le film aborde aussi l'avènement des premiers mouvements féministes incarnés par Maggie Gyllenhaal associant lutte sociale et libération de la femme dans le Londres nauséabond et crasseux de cette fin de XIX ième, et qui préfigurent les révolutions à venir du début du XX ième siècle. Oh My God ! reste donc une comédie socialement sexy et sympathiquement désuète qui apporte un regard inédit et amusant sur le lien entre plaisir intime et émancipation sociale. A noter le générique de fin qui nous montre l'évolution jusqu'à nos jours du fameux petit masseur électrique, de l'appareil aussi gros qu'un sèche cheveux au fameux petit canard coquin....


Sous un angle beaucoup plus sérieux A Dangerous Method analyse les liens fiévreux et torturés d'un amour difficile entre le Dr Jung, et sa patiente aux origines de ce qui deviendra la psychanalyse moderne. Le dernier film de David Cronenberg traite d'un trio particulier entre Karl Jung, Sabina Spielrein et Sigmund Freud, où les consultations pour hystérie évoluerons en passion amoureuse aussi douloureuse que le mal psychologique. Cronenberg s'est munie d'un casting impeccable pour étudier de près cette longue consultation. Michael Fassbender, Keira Knightley et Viggo Mortensen y incarnent avec justesse les trois protagonistes. Cependant Cronenberg s'est placé à des années lumières d'History of Violence ou les magistrales Promesses de l'Ombre en proposant un dialogue très cérébral sur cette liaison particulière où douleur et perversité côtoient les ambiances feutrés du Vienne des années 1900. Certes on retrouvent donc les thèmes récurants chez le réalisateur canadien mais je ne serais pas étonné que bon nombre de ses aficionados soient comme moi un peu déroutés par le traitement presque soporifique du film, et les atermoiements verbales des personnages qui créaient plus l'ennui que la fascination. Reste donc le plaisir de voir trois comédiens au mieux de leur jeu.

Bonnes séances et bonnes fêtes...