
Ce n'est pas moi qui le dit mais Joseph E.STIGLITZ dans son essai éponyme. Prix Nobel d'économie, Stiglitz décortique la crise qui nous englue depuis 2008 dans le marasme et nous tire dans les sables mouvant sans que l'on soit capable de dire quand cela se terminera. Nul besoin de sortir de HEC ou d'un master d'éco pour suivre l'ouvrage. Le propos est limpide bien qu'il est vrai que certaines explications demandent parfois une relecture pour saisir la subtilité des rouages financiers. Toujours est-il que toute la crise pourrait se résumer dans le titre. Personnellement j'avais presque l'intuition et quelques lectures (l'anti-manuel d'économie par exemple) et documentaires que les maux du capitalisme n'étaient pas qu'une simple affaire de système, que l'alternative avec le communisme le plus fidèle aux espérances de Marx ne suffisait pas au bien être de la société humaine. Car justement au centre du problème n'est pas un système "maléfique" mais l'homme lui-même. Il n'y a pas d'entité supérieure venu de je ne sais où qui aurait imposer à l'humanité un mode économique tel que nous le connaissons. Non, nous sommes face à des puissances économiques gigantesques qui sont verrouillées et dirigées par des hommes, dont la conception du profit est unilatérale pour satisfaire les intérêts de minorité jusqu'à l'absurde, au point de plonger aujourd'hui dans un quasi coma social le citoyen lambda. Le noeud du problème se situe à Wall Street, un petit quartier qui semble contenir à lui tout seul toute l'avidité de l'espèce humaine.
Stiglitz explique très bien qu'un certains nombre d'hommes et de théories économiques ont incité à déréglementer le système américain, laissant de moins en moins de place à l'action de l'Etat en temps que garde-fou, pour en arriver à un système où les banques d'affaire se confondent avec les banques de dépôts, et où le maître mot est de consommer plus que l'on peut se permettre et inciter jusqu'à l'absurde et on pourrait même dire de manière criminelle le citoyen américain à s'enfoncer délibérément dans l'endettement (les fameuses subprimes). On se retrouve alors dans un mode de fonctionnement totalement inadmissible où les plus grosses banques américaines "trop-grosses-pour-faire-faillite" (dixit l'auteur) mettent en place des produits financiers dont les gains seront uniquement retournés aux banques qui les ont créé, et où les pertes seront automatiquement épongées par les finances de l'Etat. Ces lois économique se basent sur une rationalité des choses qui ne tient pas compte du facteur humain:
"Quand j'ai commencé mon travail de recherche en tant que jeune étudiant de second cycle, il me semblait qu'il y avait deux postulats cruciaux, celui qui concernait l'information et celui qui portait sur la nature même de l'homme. La science économique est une science sociale. Elle étudie les interactions d'individus pour produire des biens et services. Pour comprendre leur interactions, il faut avoir une idée plus large de leur façon de se comporter. Sont-ils "rationnels" ? La croyance dans la rationalité est bien ancrée dans la science économique. l'introspection-et, plus encore, un regard sur mes semblables-m'a convaincu que c'était une absurdité. J'ai vite vite compris que l'attachement de mes collègues au postulat de la rationalité était irrationnel, et qu'ébranler leur foi ne serait pas simple. J'ai donc choisi l'angle d'attaque le plus facile: j'ai accepté le postulat de la rationalité, mais j'ai montré que même d'infimes changements dans les hypothèses sur l'information modifiaient entièrement tous les résultats. (Stiglitz évoque les informations à la base de l'élaboration des produits financiers devenus hyper-toxiques). A partir de là, on pouvait aisement déduire des théories qui semblaient beaucoup plus conformes à la réalité, dont de nouvelles théories du chômage, du rationnement du crédit et de la discrimination, et il était facile de comprendre pourquoi la structure financière des entreprises...avait une énorme importance"
Tout commença à partir de la fin des années 70 avec la mise au pouvoir de Reagan et Tatcher. Les 30 glorieuses s'appuyaient au sortir de la seconde guerre mondiale et du traumatisme de la crise de 29 à imposer un séparation claire entre banque de dépôts pour les petits épargnants, et les banques d'affaire qui surfent sur d'autres sphères. L'Etat américain veillait au grain, et en résumant grossièrement une certaines prospérité régnait jusqu'à la crise du pétrole de 73.
Stiglitz a été au coeur du système, conseiller auprès du FMI et vice-président de la banque mondiale, conseiller de l'administration Clinton, il connaît donc la question sur le bout des doigts et a vu de près la plupart des requins aficionados de la déréglementation où le principe d'écarter l'oeil de l'Etat sur l'économie de marché devient un acte de foi. Il deviendra alors très critique envers ces oiseaux-là pour conclure
"si les populations des pays en développement essaient d'imiter le mode vie de l'Amérique, la planète est condamnée. Il n'y a pas assez de ressources naturelles, et l'impact sur le réchauffement climatique serait intolérable. L'Amérique doit changer-et changer vite".
Le danger étant que selon Stiglitz "le marché a changé nos modes de pensée et déformé nos valeurs"
"Ce qui se passe sur les marchés et en politique en dit long sur le pouvoir économique et politique. Tout cela envoie aussi des messages forts auxquels les jeunes sont réceptifs, et c'est ainsi que notre société est modelée. Lorsque nous taxons les profits des spéculateurs bien plus légèrement que les revenus des travailleurs qui gagnent durement leur vie, non seulement nous incitons d'avantages de jeunes à s'orienter vers la spéculation, mais nous disons, concrètement, qu'en tant que société nous estimons d'avantage la spéculation"
Je pourrais citer encore mainte et mainte pages de son livre. Le Triomphe de la Cupidité au delà d'une leçon d'économie mondiale, sonne comme un véritable avertissement, associé à un regard lucide et pertinent sur le capitalisme à l'Américaine. Il y eu la chute de l'empire Romain, serait-on en train d'assister à la chute de l'Empire Américain tel qu'il existait depuis 50 ans, en laissant la place petit à petit à l'Empire du Milieu ? Si une autre révolution devait avoir lieu je ne serais pas étonné qu'elle aille du Main Street à Wall Street...Wait and see
0 Et vous en pensez quoi vous?:
Enregistrer un commentaire