
Voici un film énigmatique, écrit et réalisé par un homme qui venait d'avoir tout ce qu'il désirait et qui fût alors pris d'angoisse à l'idée de tout perdre. C'est ainsi que Jeff Nichols a mis au jour Take Shelter et couché non pas sur la pellicule mais le capteur de sa caméra le trip paranoïaque, visionnaire et catastrophiste d'un homme envahi par l'angoisse. Take Shelter serait la parabole de chacun face au bonheur lorsqu'il l'a enfin trouvé et que sa vie ronronne comme un gros chat, et que sournoisement les pires cauchemars commencent à se greffer entre ses neurones. Entre Shining et Melancholia je suis resté un peu dubitatif devant ce film qui oscille entre film d'auteur inspiré de Terrence Malick (la présence de Jessica Chastain, y est peu être pour quelque chose) et thriller psychologique et fantastique. Je reconnais que toutes les visions cauchemardesques du bonhomme jouait par Michael Shannon comédien très habité par son personnage fonctionnent à merveille. Cependant je n'ai pas ressenti la claque que d'autres semblent avoir prise. La fatigue peut être m'a empêché de vibrer au rythme des angoisses de Curtis, à moins que le rythme ait été trop posé dans cette campagne de l'Ohio. Pourtant ce n'est pas l'aficionado de Malick que je suis qui peut être réfractaire à ce genre de construction narrative. Alors manquait-il un peu de piment où d'équilibre ? Ou au contraire de cassures dans le mouvement pendulaire visions cauchemardesques/retour à la réalité/angoisse. Je ne saurais dire tant j'ai du mal à me faire une opinion. Peut être qu'un deuxième visionnage m'apportera de meilleures réponses. A vous de voir
En parlant de pendule je vous invite à jeter un oeil sur Hugo Cabret. Bien que la bête ait été réalisée par Marin Scorsese, j'avançais avec appréhension vers ce film en me disant que j'avais passé l'âge. Et bien que nenni ! Hugo Cabret est tout simplement une déclaration d'amour au cinéma des premiers temps déguisée en conte pour enfants. Le petit orphelin Hugo se chargeant secrètement de remettre à l'heure toutes les horloges de la gare du Nord, découvrira les premiers souffles du cinéma à travers le passé caché d'un vieillard vendeur de jouets dans les couloirs de la gare, un certains George Mélies. Dans une maîtrise incroyable de l'image et de la 3D, Scorsese nous donne encore des leçons de cinéma du plus bel effet. Entre steampunk et conte quasi fantastique, Hugo Cabret fait voyager le spectateur dans un Paris fantasmé de la vieille époque, un monde en vase clos, enfermé dans cette gare des années 30, où il fait bon vivre entre le café-bal musette, les croissants chauds et la foule de voyageurs. Il s'agit de la période d'insouciance juste entre les deux cauchemars de 14-18 et 39-45, où comme nos protagonistes, on avance dans la vie avec la candeur de la jeunesse, en cherchant à comprendre pourquoi le monde adulte a-t-il brisé ses rêves de bonheur. Hugo Cabret est donc une belle fable pour tous les âges, où la débauche d'esthétisme 3D se met au service du film, pour finir comme un conte Noël. Une bonne idée pour évacuer 2011, et commencer 2012 en famille.

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